Du 14 septembre 2023 au 09 novembre 2023
autogéographies
Tania Lara
Vernissage le 14 septembre 2023, 17h-20h
Faire, défaire, reconstruire
Disperser, rassembler, découdre, éclater
Ne jamais ériger trop en hauteur car ça tombera c’est sûr
Je me confonds aux lignes qui se dessinent au fil bleu
Ma peau devient aiguille, l’aiguille me devient peau
Mes muscles deviennent ligne
Et alors
Recherches, trouvailles et muscles tressent une valse à trois temps
D’infinies topographies surgissent lorsque je confronte des contraires avec mes mains
Lorsque je les frotte l'un contre l’autre et qu’une étincelle en naît
me forcent à réfléchir autrement même si j’en ai mal jusqu’au sang
mal jusqu’au tout dernier grain de sable
Un nouveau lieu où l’on peut
peut-être
construire à nouveau
construire en étendues
Ne jamais ériger trop en hauteur car ça tombera c’est sûr
Tracer avec tous mes corps les contours d’une ligne qui ne se fermera jamais
Je m’acharne à garnir d’opacités ces transparences
Brodées, projetées, criées, dessinées, emprisonnées
Opacités lumineuses
Opacités qui ouvrent à des lieux infinis d’échanges
Cellules, organes, vallées et fourmis
Tous conservent la promesse
D’un monde aux soi-collectifs, aux corps-territoires, aux lieux débordés
Aux milles épaisseurs et aux milles étendues
Je m’empresse d’en faire la carte
Peut-être que la carte à son tour nous fera
autogéographies présente l’aboutissement d’un projet de recherche-création aux frontières poreuses. Par une installation immersive prenant vie grâce à la rencontre d’une multitude de matérialités, de gestes et de récits, Tania Lara nous invite à découvrir l’autogéographie; une pratique contre-cartographique qui schématise, dans un jeu à différentes échelles, des lieux qui nous entourent et nous constituent. Ainsi, en reconnaissant l’intime relation de tous ces lieux et de tous ces corps qui se tissent soigneusement, à la main comme à la machine, l’autogéographie devient également une méthode et une voie épistémologique qui propulse la création de savoirs et d’imaginaires communs, toujours situés et toujours incarnés.
Ici, Tania s’est prêtée au jeu pour déployer sa propre autogéographie ; une carte aux milles cartes où le corps anatomique, le corps social et le corps géographique s'entrelacent, criant un débordement identitaire sans envers ni endroit, sans début ni fin. Une carte où le soi est toujours collectif et où le collectif est toujours géographique. Une carte qui tente avec acharnement de résister aux idéaux ou universaux hégémoniques (identités, territoires et autres mises en carcasses), en ceci qu’elle ne bâtit aucune nouvelle vérité à laquelle adhérer pour se définir. À la place de cerner et d’enfermer, elle renverse les outils cartographiques conventionnels qui rendent si évident l’acte de conquérir, d’occuper et de définir. Plutôt, elle fait glisser et rebondir chacun des éléments, les plongeant dans une mise en relation non-linéaire et multiple qui ne pourrait s’apprécier qu’au frétillement d’un jeu d’échelles, embrasant ainsi l’espace et le temps.
Tirant sur les notions d'autohistoria teoria et du « droit à l’opacité », de Gloria Anzaldúa et d’Édouard Glissant respectivement, cette méthode tisse un imaginaire qui réalise –au sens où elle rend compte, mais aussi qu’elle exécute– la multiplicité opaque de sa constitution. Ainsi, tous les éléments, les schémas et les scènes qu’on retrouve au sein d’une autogéographie ne revêtent pas d’autre rôle que celui de fragments, leur mise en commun ne servant pas une finalité unique et cohérente. C’est donc une série de superpositions qui s’y développe sous forme d’invitation, projetant frénétiquement toutes sortes de rencontres qui confondent leur présence et leur opacité les unes au travers des autres.
Dans le cadre de l'exposition, un atelier de broderie est offert par l'artiste le 14 octobre 2023. Pour plus d'informations, cliquez ici.
Tania Lara est une artiste multidisciplinaire, artisane textile et contre-cartographe. Son travail remet en question la métaphysique de l’espace – la manière dont il se conçoit, se perçoit, se joue et prend forme – en exhumant les relations qui se tissent et s’effilochent constamment entre les différents corps qui y habitent. Profondément ancrée dans une démarche collaborative, le travail de Tania s’appuie sur les rapports de simultanéité qui constituent le réel pour faire éclater l’espace en multiplicités. Si ses œuvres arborent une réflexion sur la spatialité, l’espace n’y est jamais admis comme donnée implicite. Plutôt, il dérive d’éléments qui le suscitent, tels les rêves, les récits, les lieux et les relations.